:Martine Hoyas, le papier peint comme mine d’or

Martine Hoyas exploite le papier peint comme une archéologue, qui exhume des couches successives d’histoire en fouillant la terre. À partir de ce matériau, l’artiste plasticienne compose une œuvre singulière, faite de morceaux de papiers peints découpés, assemblés et retravaillés, récupérés dans des maisons abandonnées. Un travail étroitement lié à son histoire.

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« Beaucoup de maisons d’ouvriers de la mine et de la sidérurgie, les corons, ont été laissées à l’abandon dans le Nord de la France, dans les années 90, suite aux fermetures d’usines. » Des maisons qu’elle a vues être rasées lorsqu’elle était enfant, à Maubeuge, dont elle est originaire, et de ses habitants, elle restitue l’existence. « Il y a comme une foule de personnes silencieuses derrière ce papier peint. Avec ce matériau, on creuse le temps. »

L’artiste, aujourd’hui enracinée à Niort, développe cette approche depuis plus de 35 ans. « Aux Beaux-Arts je m’intéressais déjà aux murs. Je suis très encline à la problématique de l’espace, de l’architecture. ». Elle crée ainsi des tipis - exposés au Pilori en 2020 - à partir de fragments de papier peint cousus entre eux. « Le tipi est un habitat nomade, donc il ne peut pas être rasé. L’idée est de sauvegarder une trace d’humanité. »

« À La Roussille, nous n’étions que deux artistes au départ »

L’artiste fait partie des pionniers à avoir investi les usines de La Roussille, qui étaient alors des bâtiments sans chauffage, pour en faire son atelier. « J’y suis installée depuis 1991, nous n’étions que deux artistes au départ. Cette ancienne friche industrielle n‘était pas sans faire écho à celles que j’avais laissées dans le Nord. » Enseignante pendant une vingtaine d’années au sein de l’Éducation nationale, elle l’a quittée en 2012, mais continue à intervenir dans des collèges ou encore à l’école d’arts plastiques de Niort Agglo. « J’ai l’occasion de m’exprimer ici, de partager mon travail avec les Niortais, comme ailleurs, évidemment. » 

Les oripeaux

« Mon atelier est mon laboratoire. Il y a des choses qui naissent sans être réfléchies ; ça surgit. Dans mon processus de création, je me nourris de l’état du monde. Suite au déclenchement de la guerre en Ukraine, j’ai décidé de travailler sur ces papiers peints d’une autre façon et de les rendre fragiles. J’ai un dressing de papiers peints : je me suis dit je vais les souiller, les brûler, les javéliser… » Sont ainsi nés Les oripeaux, installations montrées au public lors des portes ouvertes de La Roussille à l’automne dernier et présentées à la Collégiale Saint-Croix de Loudun en septembre 2024. Martine Hoyas va continuer à creuser cette veine : « Ma démarche interroge la fragilité du monde contemporain à travers les traces sensibles du passé. »